Pour un employé, devenir travailleur autonome n’est pas simple : imaginez lorsqu’un travailleur autonome décide de fonder une entreprise. Dominic Goulet, président et créateur de Momenteo, a fait le grand saut à deux reprises. Avec enthousiasme, il nous a partagé son aventure dans le monde des startups.

À partir de quel moment vous aviez su que vous deviendriez entrepreneur?

Dans mon cas, je te dirais que ça fait environ cinq ans. J’ai travaillé pour de grandes entreprises, puis je ne trouvais jamais ma place à ces endroits-là. J’ai décidé de devenir travailleur autonome, donc j’étais mon propre patron puis je faisais mes propres affaires pour mes propres clients. Il y a environ un an et demi, j’ai décidé de changer de modèle, puis de carrément lancer mon entreprise.

Qu’est-ce qui vous a mené à la création de Momenteo?

À la base, je répondais à un besoin personnel. J’étais travailleur autonome, puis j’ai vu tous les logiciels de facturation et de comptabilité qui étaient soi-disant pour travailleurs autonomes et PME. Je me suis rapidement rendu compte que c’était beaucoup plus pour les PME que pour les travailleurs autonomes. Ce n’est pas la même réalité pour les deux types d’entreprise.

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Je me suis dit qu’il y avait sûrement une façon plus optimale de gérer tout ce que j’avais à gérer, entre autres la facturation des dépenses, des déplacements… Je me suis créé une petite application juste pour voir, de façon égoïste, les trucs pour me permettre de sauver du temps.

Ma conjointe, étant travailleuse autonome aussi, passait quatre heures par semaine à faire de la facturation avec des clients en Ontario, au Nouveau-Brunswick, au Québec… Elle m’a demandé à avoir un accès dans mon dossier pour sauver du temps et, à partir de ce moment-là, elle a commencé à passer quatre minutes par semaine au lieu de quatre heures. J’ai réalisé que, finalement, j’avais peut-être créé quelque chose de vraiment intéressant pour les travailleurs autonomes.

Suite à ça, j’ai des amis qui ont eu vent de cette création-là et qui m’ont demandé des accès parce qu’ils étaient travailleurs autonomes eux aussi. À la blague, je leur ai dit : « Écoutez les gars, je pense que je vais vous charger. » Ils ont tous sorti de l’argent et ils m’ont payé! À ce moment-là, j’ai réalisé que je ne suis peut-être pas juste un « chialeux » qui trouve que les outils qui existent ne sont pas vraiment adaptés aux travailleurs autonomes. Il y a peut-être vraiment un besoin.

J’ai commencé à explorer un peu le marché, j’ai présenté mon outil et la réponse est vraiment unanime : j’ai eu de bonnes réponses. À la fin de l’année passée, j’ai décidé de lancer au grand public. À partir de ce moment-là, tout le monde peut s’inscrire et l’utiliser et, honnêtement, la réponse qu’on a aujourd’hui est fabuleuse.

Vous me dites qu’il y a une différence entre la réalité des entrepreneurs de PME et les travailleurs autonomes. Quelle est-elle?

C’est la façon de travailler. Si on est dans une PME, il y a une personne va s’occuper de la facturation et qui va récolter ce que les gens ont fait et envoyer les factures aux clients. Quand on est travailleur autonome (je parle surtout au niveau du service, parce qu’on fait à peu près tous la même chose), on a de beaux post-it collés tout le tour de notre écran ou éparpillés un peu partout dans notre voiture avec des reçus qui traînent également. À la fin du mois, on essaie de tout ramasser ça et d’envoyer les bonnes factures aux clients et de se rappeler de ce qu’on a fait.

Ce n’est pas le modus operandi d’une PME évidemment, mais pour un travailleur autonome, c’est problématique, parce que : 1) se rappeler de ce qu’on a fait pendant le mois à la fin du mois, ce n’est pas toujours évident et; 2) des fois, on perd des petits bouts de papier alors il y a des dépenses qu’on ne peut pas réclamer, il y a des choses qu’on oublie de facturer à nos clients.

J’ai pensé plutôt à un système web dans lequel ce serait facile de noter au jour le jour ce qu’on a fait, de noter les petites tâches qu’on fait pour nos clients, de faire entrer nos reçus rapidement et surtout noter le kilométrage qu’on fait avec la voiture pour être capable, en fin d’année, d’avoir une bonne déduction pour la voiture, les carburants, et aussi être capable de générer déjà automatiquement tout ce qui est facturation et comptabilité à partir de toutes les petites notes qu’on prend durant le mois.

Chaque jour, je peux noter par exemple : « J’ai écrit deux articles de blogue aujourd’hui pour un client, j’ai fait trois heures et j’ai fait tel autre truc. » Et à la fin du mois, on génère pour moi des factures qu’on envoie à mes clients, puis on génère aussi toute la comptabilité en double partie, donc j’ai accès à tout ce qui est statistiques et rapports financiers, j’ai accès aux tableaux de bord des données qui me présentent comment mon entreprise de services personnels va.

Je voulais avoir quelque chose qui épousait parfaitement ce qu’est un travailleur autonome. Nous ne sommes pas de grosses incorporations avec plusieurs employés. Je n’ai pas besoin d’avoir une gestion d’employés, je n’ai pas besoin d’une gestion de permissions, je n’ai pas besoin d’avoir un payroll, je n’ai pas besoin d’avoir ces choses-là. J’ai besoin d’avoir des choses qui sont adaptées à ma réalité de travailleur autonome, de travailleur indépendant, celui qui est tout seul pour gérer sa business. Je ne peux pas déléguer des choses à un employé, je n’en ai pas.

En quoi Momenteo se distingue de la concurrence?

Notre approche au niveau des travailleurs autonomes. On a une catégorie de travailleurs qui est totalement différente d’une PME, puis on a apporté une solution concrète aux besoins qu’ils ont le jour au jour.

Quel défi avez-vous aimé relever en tant qu’entrepreneur?

En tant qu’entrepreneur, c’est sûr que ma plus grande expérience était celle de travailleur autonome. Donc, oui, on est des entrepreneurs, on est des travailleurs autonomes, mais on ne le réalise peut-être pas assez souvent qu’on est des entrepreneurs. Mais ce qui est difficile, c’est d’essayer de gérer. On a un produit à créer qu’on veut vendre. On a aussi tout le côté développement des affaires qu’on doit s’occuper. On a le côté marketing. Enfin, on doit porter tous les chapeaux en même temps, puis on doit essayer de les faire avancer de façon assez structurée pour être capable d’arriver à un résultat concret.

Je m’explique : je ne peux pas vendre plus de produits que j’en développe. Mais d’un autre côté, je ne peux pas passer mon temps juste à développer, parce que sinon, je n’aurais pas de revenus avec mon produit. Donc, d’avoir à porter tous ces chapeaux-là, en plus de gérer la croissance qui vient avec l’entreprise, ça a été un beau défi.

J’ai adoré relever ce défi, parce que ça me met dans une position où j’apprends beaucoup. J’ai l’impression de faire parti du quotidien de mon entreprise, de la faire émerger. C’est ça qui me motive et que j’aime beaucoup dans les défis que j’ai à relever.

Quels sont les avantages et les désavantages de se partir une startup au Québec?

Ton client, c’est toi-même. S’il y a quelque chose qui est bon à faire pour ton produit, tu n’as pas besoin de demander la permission de ton client pour dépenser du budget pour ça. [Rires] C’est une réalité qu’on a souvent quand on est travailleur autonome. On voit des trucs, on se dit : « Ce serait bien de le faire de cette façon-là. On pourrait pousser encore plus loin, on pourrait aller chercher des normes d’accessibilité… » On pourrait en faire beaucoup, mais souvent, on se fait ramener à l’ordre par le budget ou par le temps.

Là, c’est à nous de déterminer ce qu’on veut rendre à nos clients, donc nous, ce qu’on veut rendre, c’est ce qu’il y a de meilleur. On peut passer tout le temps qu’on veut à développer des choses de la meilleure façon qui soit, tant que ça va en accord avec notre vision. C’est probablement le point le plus positif.

D’un côté négatif, il y a l’argent. Quand on se lance en affaires, je n’ai pas des centaines de milliers de dollars pour me backer, donc je suis parti avec mon propre argent. Je dois gérer un budget serré, je dois avoir la réalité de vivre avec peu ou pas de salaire lors du démarrage, et ce, pendant une longue période de temps. Ce n’est pas toujours le cas de dire : « J’ai 20 ans, j’habite chez maman et papa, je n’ai pas de dépenses. » Moi, j’ai deux enfants, j’ai une conjointe, notre maison, donc de concilier tout ce côté financier-là, c’est probablement ce qu’il a de plus difficile au départ.

Quel conseil donneriez-vous à une personne souhaitant partir une startup?

Le conseil que je dirais, c’est que, pour lancer une entreprise, surtout une startup, il faut s’assurer qu’on répond à un problème. On ne peut pas arriver avec une solution si on n’a pas de problème en arrière. L’idée, c’est de toujours trouver à quel problème on essaie de répondre, puis ensuite de valider : « Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui ont ce problème-là et est-ce qu’il y a des gens qui sont prêts à payer pour régler ce problème-là? »

Découvrez la startup de Dominic, Momenteo, un outil de facturation en ligne pour travailleur autonome.

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Les opinions exprimées par les collaborateurs du blogue sont celles de leur auteur et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de PIGE.quebec.
Christine Hébert

Curieuse, je m’intéresse à plusieurs sujets, que ce soit l’actualité, l’histoire ou la culture populaire. Mon amour pour la série télévisée « Dans une galaxie près de chez vous » m’a inspiré pour mon mémoire de maîtrise. Ce dernier, qui devint par la suite mon premier livre, vulgarise les Duggies, le nom donné aux fans de cette série. Depuis, je m’intéresse aux études de fans en rédigeant des articles pour mon blogue « Nous sommes fans ».