Voici une annonce de services d’un graphiste :« Ici, nous travaillons avec vous! Ensemble, nous allons bâtir quelque chose à votre image pour répondre à vos besoins! » Quand je lis cela, j’ai les yeux qui frisent! (Oui oui!). Pourquoi? Exemple : votre client possède un service-conseil en finances. Il porte des bas blancs dans des sandales brunes et il aime particulièrement l’orange. Allez-vous toujours faire son flyer à son image? Il faut dissocier ce que votre client aime de ce qui est efficace auprès de ses clients! Attention, il faut garder une touche d’authenticité et d’humanité, mais limitons-nous à 15%, d’accord?

Je vous invite à plonger dans vos souvenirs. Rappelez-vous ce client qui est très attaché au travail que vous faites, qui sait apporter des commentaires pertinents et réfléchis à tous les détails que vous vous êtes efforcé de traiter. Ce client qui, en un tour de main, comprendra toutes les subtilités du design, tellement que le dimanche à 22h30, veille de livraison, vous recevez son appel pour apporter les dernières modifications, mais ça ne prendra que deux minutes, car vous le ferez avec lui au téléphone…Que voulez-vous, vous êtes inspirant et vous formez une équipe, non? Je me mets à sa place, c’est normal qu’il se demande pourquoi la facture est SI gonflée! Il en a travaillé la moitié!

Et là, vous bouillez. La fumée vous sort par les oreilles! Tchou tchouuuuu! « Non seulement, il m’a appelé 50 fois cette semaine, et tard en plus, il a tout changé mon design! J’ai assez hâte de finir c’te flyer laitte là! Il pense que j’ai juste lui dans la vie ou quoi? Deux pixels à gauche, le titre plus gros…Et puis sa femme qui n’aime pas le rouge et lui qui tient mordicus à son comic sans! Pfff…C’est moi le graphiste! Pis en plus, j’ai de la misère à me faire payer, sacrilège! »

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Eh bien justement. C’est vous le pro. Alors pourquoi avez-vous accepté tout ça? Au final, le client est peut-être content, mais son flyer laitte va finir aux vidanges et vous ne l’aurez pas mis dans votre portfolio (j’espère!) pour cause de « Ish, t’as fait ça dans tes débuts? »

Voici donc comment je me suis libérée des intempestives demandes des diaboliques clients.

Chargé de projet graphiste. En graphisme, le client est roi. Vraiment?

Le client est roi… dans son entreprise, pas dans la vôtre.

N’annoncez plus jamais que vous travaillez AVEC le client ni POUR le client, il risque de le prendre au pied de la lettre. Si le client souhaite littéralement travailler avec vous, expliquez-lui à quel point vous n’êtes pas efficace et que ça lui reviendrait tellement plus cher. Je vous garantis une discipline de sa part! Vous n’êtes pas son employé, vous êtes consultant, agissez comme tel. Guidez, parlez, questionnez. N’oubliez pas que votre client a probablement le réflexe de diriger. Dans cette situation, c’est vous le boss. Vous ne travaillez pas pour lui, vous lui offrez votre expertise en échange d’un montant établi au départ dans le but qu’il fasse plus d’argent. That’s it. C’est toute! Eso es todo!

Oui mon capitaine!

Expliquez-lui votre fonctionnement. Aussi simple puisse-t-il paraître pour vous, votre fonctionnement doit être présenté clairement de A à Z au client. Le simple fait de lui indiquer l’exacte manière de vous transmettre ses suggestions saura le rassurer et vous fournir une certaine tranquillité. S’il vous appelle durant la journée, c’est à vous de lui faire connaître le moment opportun. Pensez à vous renseigner sur son expérience avec les graphistes, vous saurez à quoi vous attendre. Que je ne vous entende plus jamais dire : « Je l’ai fait comme ça car c’est ce que le client voulait ». Osez refuser l’inacceptable, mais sachez guider vers l’optimal. S’il le faut, faites-en une expérience d’apprentissage pour le client. À vous de définir les rôles, de délimiter votre terrain de création : « Cette partie m’appartient et voici la vôtre ».

Diagnostic en deux étapes

Votre diagnostic devrait être vu en deux étapes distinctes. La première rencontre sert à saisir la direction principale, l’ambiance générale, la personnalité du client, à qui faites-vous affaire? C’est un peu comme un diagnostic de prise en charge client pour vous. Limitez carrément vos demandes en matière de design, car sachez que le vrai diagnostic se passe tout précisément suite à la présentation des maquettes. De toute manière, gardez en tête que vous proposez des solutions au client pour qu’il vende plus. Qu’il aime le bleu ou le vert importe peu si son client achète avec le rouge.

Des maquettes d’influence

Je vous l’avoue aujourd’hui en public, mes très chers lecteurs, maman, papa… j’ai triché. Eh oui. Je triche depuis longtemps dans mes présentations de maquettes. Je ne présente que très rarement trois options valables. Par exemple, dans mes trois maquettes, une seule rassemble toutes les qualités d’un bon design. Mais ne vous méprenez pas! Ceci est dans l’unique intérêt du client (hehum). Les deux autres présentent des options secondaires, certe, mais surtout des subtilités qui incluent des demandes courantes telles que le logo plus gros, moins de blanc, le titre plus gros, etc. Lorsque vous faites vos designs, vous faites sûrement des essais? Plus gros, plus petit, plus coloré, moins coloré? Dites-vous que le client passe par le même processus et c’est bien normal!: « Et si mon logo était plus gros? Voit-on bien le titre? ». C’est à ce moment que votre maquette sert de « plateau discriminatoire ». Les maquettes ne doivent pas simplement servir de propositions, elles doivent inclure une certaine partie de votre processus et pointer vers celle qui offre ze-top-fresh-extra-nice-design.

Vous vous dites : « ok, mais si le client veut le logo plus gros et que c’est laid, je fais quoi?». Ça tombe bien, car vous aurez eu l’occasion de préparer votre argumentaire d’avance et sur quelque chose de concret! Par exemple : « Personnellement, je préfère le modèle suivant puisqu’il occupe bien sa place et que notre œil est attiré vers l’équilibre alors c’est le plus efficace. On peut choisir le modèle avec le logo plus gros, mais puisqu’il ressort moins que l’autre et qu’il ajoute de la lourdeur, ça ne lui rend pas justice dans ce cas-ci. Il est possible que l’œil soit trop attiré par cela et non votre promotion». Vous voyez? Ainsi de suite. Quelle joie! En plus, les deux autres étapes de corrections sont facilitées car vous aurez provoqué le wow et fait le tour de l’argumentaire principal.

Finalement, chaque fois que vous êtes tanné des caprices de clients, c’est qu’il y a une occasion d’améliorer votre prise en charge. C’est de cette manière que vous allez devenir une référence dans votre domaine au fil du temps et développer une liberté de créativité. Vous allez faire plus d’argent quand les clients arrêteront de travailler à votre place.

Et puis, travaillerez-vous encore AVEC le client?

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Marie-Eve Bélanger

Créatrice dévouée au bien-être visuel de vos consommateurs afin de les inciter à câliner votre marque.