Chaque mois, nous choisissons un membre PRO PLUS sénior qui s’illustre dans son domaine par la qualité de son travail. Ce mois-ci nous avons choisi Marie-Andrée Bricault, qui est graphiste pigiste à Granby. Voici donc une courte entrevue en cinq questions qu’elle nous a accordée.

Quelles difficultés as-tu rencontrées comme graphiste travailleur autonome?

J’ai débuté dans le monde du graphisme comme travailleur autonome, je n’ai pas travaillé en entreprise ou en agence à la suite de mes études. J’ai terminé mes études en 2001, j’avais alors une autre carrière en gestion de cuisine, qui était définitivement plus payante que les salaires qu’on m’offrait comme graphiste. J’ai donc poursuivi cette carrière jusqu’en 2009 où j’ai frappé le mur du « ras-le-bol ». Par contre j’ai commencé à faire de la pige en pré-presse et en infographie en télé-travail à partir de 2005. J’ai tout de suite eu la piqûre du télé-travail, moi qui ai été « boss » toute ma vie de travailleuse, je ne me voyais pas du tout devenir employée. Disons-le, je suis ingérable! En 2010, je n’avais pas un carnet de clients assez bien rempli pour me lancer en affaires à temps plein : j’ai donc fait le choix de travailler à temps partiel comme graphiste publicitaire; j’ai eu la chance d’avoir un directeur d’atelier et une équipe de graphistes vraiment extras. Nous avions beaucoup de liberté et on me laissait même faire mes mandats personnels par temps mort!

En 2012, j’ai eu ma fille et j’ai fait le grand saut vers la pige en télé-travail à temps plein. Les difficultés que je rencontre, étant mère de trois enfants, sont : 1) Horaire réduit: je peux travailler seulement de 8h30 à 15h30 et je ne peux travailler lors de journées fériées ou pédagogiques. 2) Salaire instable : pas toujours évident d’être payée aux 30 jours, voire plus, avec trois bouches à nourrir. (Disons que ça met une couche de stress en plus!) 3) Multitasking : je suis pas pire pour faire le café, mais faire de la vente, de la comptabilité, de la gestion de fournisseur, de la livraison, etc., et en bout ligne finir par faire…… un peu de graphisme. Ça me saoule! Des fois je peux prendre une à deux heures juste pour gérer les courriels et j’ai l’impression de perdre du temps qui pourrait être créatif plutôt qu’administratif. J’ai travaillé 10 ans en gestion; j’aime la gestion, mais j’aime encore plus mon métier de graphiste et par moment je trouve que la gestion prend le dessus.

Est-ce qu’il y a des choses que tu aurais désiré savoir en début de carrière?

Publiez votre profil gratuitement dans notre répertoire de pigistes

Augmentez votre visibilité auprès de clients potentiels en publiant votre profil dans notre répertoire dès maintenant OU devenez membre PRO afin de soumissionner sur des contrats en appel d'offres publiés sur notre communauté web.
Créez votre profil gratuitement

En 2010, j’ai suivi une formation en démarrage d’entreprise. On y explique vraiment très bien la base. Par contre, vu que c’est une formation générale offerte par le CAE, il n’y avait pas toute la portion légale spécifique au graphisme. Il aurait vraiment été pertinent que je m’informe davantage sur les licences d’utilisation, les normes d’affichage, les droits d’auteurs, les droits moraux, les termes de facturation et de soumission et les contrats. Même encore aujourd’hui, j’ai fréquemment des questionnements à ce sujet.

Aussi savoir mieux écouter! J’ai appris à écouter, pas juste entendre les demandes des clients, mais écouter et différencier leurs exigences et leurs besoins.

Je crois que la clé du succès dans les métiers de communications et l’écoute. La meilleure façon de garder un client pour la vie est de parvenir à décoder ses idées et lui transmettre les vôtres comme si elles venaient de lui. Il finira par vous dire « C’est exactement ce que j’avais en tête! Comment tu fais? » C’est à ce moment que vous aurez non seulement un client fidèle pour la vie, mais il deviendra votre représentant le plus précieux!

Est-ce qu’il y a certains trucs ou habitudes qui t’aident à faire ton travail plus efficacement?

Je commence ma journée en allant marcher une heure. Je dois vider mon esprit. Par la suite, à l’arrivée au bureau: café et lecture des courriels et petit moment de flânerie facebookienne. Ensuite, une fois les courriels lus et classés par couleur dans mail, j’écris ma «to do list». Le défi sera de la respecter à la lettre! Répondre au téléphone que si c’est important, et par-dessus tout, essayer de ne pas trop procrastiner. (Ça inclut faire comprendre au conjoint que même si tu es «physiquement» à la maison, tu TRAVAILLES et tu n’as pas le temps de prendre le rendez-vous chez le dentiste pour le plus jeune, appeler Vidéotron pour faire enlever le Super Écran, faire le lavage ou passer chez son frère chercher sa casquette qu’il a oubliée en fin de semaine.) Pour aider: un «timer» visible – très visible, qui m’aideront à respecter mes soumissions.

Ensuite, après les heures de bureau, qui se terminent tôt pour moi, la maman fait ce qu’elle peut avec son mobile (courriel ou gestion Facebook), mais ne PAS retourner au bureau! Hygiène de vie oblige. Le soir, les petits sont couchés et il y a une bouteille de rouge d’ouverte: un petit verre et c’est le temps des croquis — question de se vider la tête avant le dodo, sinon c’est l’insomnie assurée. Pire chose à faire avant le dodo : aller faire un tour sur Behance! C’est sûr tu es mort, nuit blanche assurée, tu es mieux de te mettre sur le café tout de suite! Hihi!

Est-ce que tu as quelques livres ou ressources que tu recommanderais à d’autres graphistes pigistes?

Vous mettre ami avec Jean-Claude Tremblay et Jean-Sébastien Dussault….. Ahahahah! Non, plus sérieusement, j’aime bien le Wow! book de Sharon Steuer. Sinon, Le petit guide du travailleur autonome. La gestion des couleurs de Jean Delmas. Mais je dois l’avouer, je suis plutôt Web que livre, car avec ma marmaille, les temps où je peux m’asseoir et lire sont… inexistants! Donc, je participe activement à des groupes de discussions professionnels sur Facebook, comme: « Tu piges? » ou « Infographistes et Graphistes du Québec ». Je lis quelques blogues; mais mes lectures sont rarement générales et se concentrent plus spécifiquement sur une problématique ou un questionnement que j’éprouve sur le moment. Google est ton ami… mais ne pas s’arrêter au premier résultat et en lire quelques-uns.

Si tu avais un seul conseil à donner pour aider un pigiste à trouver des contrats, quel serait-il?

Ne pas en chercher! Si on recherche les mots « graphiste pigiste » sur un moteur de recherche quelconque, on ne trouvera jamais rien. Pour ma part, la qualité du travail, l’expérience et le bouche-à-oreille ont fait presque toute la job. La bouche! C’est le plus important. Pour ceux qui m’ont le moindrement côtoyée, vous savez que ma bouche, dans le sens de «ma grande gueule», me sert beaucoup plus qu’elle me nuit. Je me suis restreinte longtemps parce qu’au Québec, l’estime de soi, la confiance en soi et la fierté ne sont pas des qualités qui sont mises de l’avant. On a peur de passer pour des vantards! On a peur de la réussite, et surtout de la réussite individuelle, tout doit être fait pour la société, pour le bien commun! J’ai réussi et j’ai réussi seule et le seul nom qui apparaitra sur cette réussite sera le mien!

Vous êtes bons ou vous ne l’êtes pas? Si vous êtes en affaires, il y a de grandes chances que ce soit parce qu’un employeur vous a déjà sorti une des raisons suivantes: 1) Vous convenez au poste, mais… il recherche plus un junior. (Donc il faut comprendre que vous avez trop d’expérience, probablement plus que le DA, et que vous allez en plus de coûter trop cher, leur faire remarquer que pleins de trucs clochent dans leur boîte et ça ne va pas plaire aux anciens!) 2) Vous n’avez pas assez d’expérience en agence! ( Non, mais qui a de l’expérience en agence, à moins d’être né dans l’agence? Bref, j’ai 10 ans d’expérience à mon compte, je suis multi-tasking, j’ai travaillé pour des agences … mais vu que je n’étais pas «dans» l’agence, il y a quelque chose qui visiblement m’a manqué. (Ah bon?) Et la finale que j’adore… 3) Vous avez trop de talent! (Oui oui, pour de vrai. On me l’a sortie, je crois trois fois, avant que je ne me décide à ne plus postuler des jobs à l’interne! Ça veut dire que tu ne vas pas te faire d’amis dans la boîte et on m’a même demandé de baisser mon niveau si je prenais le poste.)

Donc peu importe, le travail en entreprise n’est pas pour vous, mais… votre travail est peut-être pour les entreprises! Donc, postulez partout et vendez votre salade! Pourquoi est-ce plus profitable pour l’entreprise de vous engager à la pige en télé-travail qu’à l’interne? Il y a des millions de raisons! Il suffit juste de dire la bonne chose à la bonne personne, avec juste la bonne dose d’assurance. (Pas de la prétention, de l’assurance!) Car oui, il y a une différence entre savoir exactement ce que l’on fait et prétendre savoir ce que l’on fait! Si vous savez exactement ce que vous faites, si vous le faites depuis longtemps et si vous êtes excellents dans ce que vous faites, alors mettez la pédale à fond, c’est tout, et tant pis si vous cassez des jambes au passage! « It’s more fun to be a pirate than to join the navy! » … T’sais comme disait l’autre là…. Steve Jobs!

Euh… c’était quoi la question déjà? Trouver des contrats? Un seul conseil? ALLEZ LES CHERCHER! Je crois que c’est ma réponse!

Consulter le profil Expert PRO de Marie-Andrée sur PIGE.quebec

Participez à la discussion

PARTAGER
Les opinions exprimées par les collaborateurs du blogue sont celles de leur auteur et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de PIGE.quebec.
PIGE Québec
PIGE.quebec est la première place d’affaires web mettant en relation les pigistes et les clients porteurs de projets, dédiée uniquement aux Québécois. Trouvez facilement et rapidement les meilleurs travailleurs autonomes, disponibles sur demande.